tristan brisard

talu : inuktitut. abris, cachette

caue de la mayenne

Laval (53)
2009


Nominé Prix de la Première Œuvre 2009 le Moniteur
Publication AMC n°193 - Les 100 bâtiments de l’année 2009 — janvier 2010
Publication Le Moniteur n°5532 — 4 décembre 2009
Publication Le Moniteur n°5542 — 12 février 2010


Maîtrise d’ouvrage : CAUE 53, Conseil Général de la Mayenne
Programme : Tertiaire (accueil, bureaux, salle de réunion)
Surface : 272 m2
Coût des travaux  : 750 000 € HT
Mission : MOP + EXE + OPC
Statut : Livré


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« GLISSÉ. En dessous des volumes expressifs d’une usine reconvertie, le siège du CAUE de la Mayenne occupe une petite parcelle urbaine (347 m2) dont la complexité est accentuée par un fort dénivelé et un classement en zone inondable. Le bâtiment se place au-dessus de ce contexte pour faire d’un délaissé un lieu d’accueil et d’exposition au rez-de-chaussée et un espace de travail à l’étage. Faisant comme bloc contre tant d’adversités, il semble prendre appui sur l’ex-usine d’aviation pour habiller sa charpente métallique d’un bardage... de métal.»
Dominique Amouroux - Jeunes Architectes et Paysagistes Ligériens 2011

La parcelle est un «délaissé urbain» vacant qui semble difficilement aménageable. Elle est située en centre ville sur les berges de la Mayenne. Le C.A.U.E. en fait le choix audacieux pour ériger son nouveau siège. En s’inscrivant dans une logique de densification «construire la ville sur la ville», ce choix donne l’impulsion à la démarche de qualité environnementale du projet ; il aurait été plus simple d’implanter le bâtiment sur un terrain «plat», au sein d’une zone quelconque à aménager, en périphérie de ville. C’est un exemple de ré-urbanisation qui apporte une réponse au problème de l’étalement urbain. Le programme succinct du concours fixe la nature et la surface des locaux ; il évoque une préoccupation HQE sans certification et insiste sur la volonté d’un bâtiment «remarquable et remarqué».

RECONVERSION, TEMOIGNAGE ET DEPOLLUTION. En contrebas d’une ancienne fabrique d’avions, le terrain initial prend l’aspect d’une friche industrielle dont le sol sera dépollué avant le commencement des travaux. Notre première volonté est de concevoir un bâtiment qui témoigne de ce passé industriel. Laisser perceptible le contexte et faire ressurgir la mémoire du lieu est indissociable d’une démarche de durabilité : ne pas faire table rase du passé, au contraire le révéler, le réactualiser, le projeter aujourd’hui et demain.

ZONE INONDABLE, COTE DE CRUE CENTENNALE ET CIBLE ENVIRONNEMENTALE MAJEURE. La cote de crue centennale en imposant le niveau altimétrique du rez-de-chaussée (50 cm au dessus du niveau trottoir), contraint fortement l’implantation du projet et le positionnement des entrées. Le P.P.R.I. qui régit le secteur, fixe la cible HQE majeure : gestion de l’eau (cible n°5). Dans le but de conserver le potentiel d’absorption de la parcelle à l’état vierge, notre projet intègre une toiture végétale et un jardin. Au sein des villes, il est complexe d’implanter des bassins d’orage. Le «plan végétal», propose une solution verte, efficace et agréable qui utilise les toits et les terrasses du bâti. Il ralentit le ruissellement des eaux pluviales par absorption et prolonge la progression de la goutte d’eau du ciel vers les cours d’eau.

TOPOGRAPHIE, TYPOLOGIE DE LA PARCELLE ET IMPLANTATION DU PROJET. La parcelle, étroite et profonde (9.5 m x 36.5 m) glisse sous le niveau de la rue de l’Ermitage (pente > 15 %). Enclavée par une série de murs mitoyens et murs pignons aveugles omniprésents (hauteur moyenne 6.5 m), les apports de lumière y sont faibles et les vues rares.  Cela détermine la conception du bâtiment, fixe le volume global et hiérarchise les espaces : offrir quatre façades d’exposition au bâtiment en le détachant des constructions voisines ; aménager un jardin en longueur dans l’espace interstitiel (3 m de large) ; concevoir à l’étage un grand plateau de travail bénéficiant de la lumière du Nord = espace ouvert et sans limites (cloisons vitrées) qui profite des quatre expositions ; limiter les nuisances liées à la rue passante en implantant les espaces de travail à l’étage et les locaux plus techniques au rez–de–chaussée ; créer sur l’entrée une place couverte qui s’offre à l’espace public (lien social) et relier le parking sus-jacent par une passerelle.

IMAGE ARCHITECTURALE ET MATIERES. Le projet apparaît comme un bloc monolithique d’acier (charpente métallique recouverte d’une tôle perforée), qui épouse la grande longueur de la parcelle et repose partiellement sur un socle de béton. Les matières brutes et la forme globale entrent en rupture avec les constructions avoisinantes. Les porte–à–faux abritent et invitent le piéton dans l’espace d’accueil et d’exposition temporaire. La qualité des espaces intérieurs repose sur la volonté d’épurer les volumes au maximum, sur le choix de matériaux simples, sur l’attention portée aux calepinages, sur la libre circulation de la lumière provenant des quatre expositions…


Intervenant : Tristan Brisard architecte, CEBATI, BECB, ATEC

Photographies : Stéphane Chalmeau, Tristan Brisard

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